Fêtes votives et manades, résistance et responsabilité

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Interview de Jean Lafon

manadier à Saint-Nazaire de Pézan

Le Journal De Valergues : Après les attaques notamment préfectorales contre les fêtes votives, vous avez à faire face à un nouveau problème puisque les assurances veulent augmenter considérablement leurs tarifs ce qui va mettre un peu plus en difficulté certaines manades. Comment voyez-vous la situation aujourd’hui ?

Jean Lafon : Nous avons subi plusieurs attaques, le Préfet voulait nous faire réduire nos fêtes afin de mieux disposer des forces de police. Il y a eu aussi une autre attaque, c’est autour de la sécurité et donc à partir de là cela a posé la question des assurances. Il faut savoir que les gens veulent des taureaux, mais s’ils veulent des taureaux c’est parce que le taureau est dangereux, si ce n’était pas ça ils auraient des vaches laitières et ça ne les intéresse pas. Le fait qu’ils aient envie d’avoir des taureaux et que ces taureaux sont dangereux cela expose à des accidents. Notre tradition et notre coutume sont faites comme ça. On ne va pas changer les coutumes des espagnols, on ne va pas changer les coutumes des gens du Nord qui font des combats de coqs, on ne va changer toutes les coutumes. Nous, nous sommes attachés à cette coutume. Bien sûr nous sommes donc confrontés à des accidents et du coup aux assurances. Les accidents coûtent de plus en plus chers, les gens sont de plus en plus procéduriers et bien sûr ce sont les assurances qui couvrent. Vous savez, les assureurs aiment bien encaisser les cotisations, mais ils n’aiment pas dépenser pour les accidents.

Le JDV : Quel est votre principal assureur ?

J.L. : Notre principal assureur c’est Groupama, c’est l’assureur des agriculteurs, c’est une mutuelle agricole. Nous avons besoin que cette mutuelle des agriculteurs nous défende car nous sommes malgré tout des agriculteurs et des éleveurs. On a besoin de Groupama on a besoin de leur soutien. D’un autre côté, il faut regarder au niveau juridique, celui qui s’expose prend ses responsabilités. Notre problème, aujourd’hui c'est que les juges ne sont pas très fiables là-dessus. Ils vont vers celui qui peut payer et ça ce n’est pas bon, car à partir de là ce sont les assurances qui payent. Alors que si celui qui s’est exposé avait pris ses responsabilités nous n’en serions pas là.

Le JDV : Quelles sont les responsabilités des maires et des comités ?

J.L. : En effet il y a un autre volet, ce sont les maires, les comités et les clubs taurins. Il faut qu’ils prennent aussi leurs responsabilités, pour assurer la sécurité des manifestations. Le maire est le premier responsable de la sécurité d’un village. Les maires sont assurés et en général à Groupama, quand ils peuvent ne pas prendre la responsabilité, ils ne la prennent pas. Ça c’est une chose, mais ils doivent aussi assurer que sur le parcours d’un abrivado, comme le dit la charte, il n’y ait pas d’entrave à la manifestation. Par exemple des bâches, des feux, des voitures au milieu

Le JDV : Oui mais le jeu n’est-ce pas de faire échapper le taureau ?

J.L. : Oui c’est exact, mais faire échapper le taureau dans les règles, pas avec des choses qui sont dangereuses et pas dans le village. Quand un taureau part dans les vignes ce n’est pas pareil. Ce qui se passe souvent c’est qu’il y a des gens qui se mettent au-devant de l’abrivado et si un taureau échappe ils sont en première ligne et se font mal.

Le JDV : Comment allez-vous vous organiser pour riposter à toutes ces attaques et difficultés ?

J.L. : Au niveau de la fédération des manadiers nous sommes en train d’y travailler, à la fois sur Groupama et en même temps sur la sécurité. On veut faire appliquer cette charte qui existe, même les maires de la région bouvine l’ont tous signée mais il n’y en pas beaucoup qui la respectent. Il faut respecter la charte, faire ce qu’il faut et à partir de là le manadier ne devrait pas être responsable

Le JDV : Vous êtes en négociation avec Groupama ?

J.L. : Nous sommes en effet en négociation avec Groupama, mais Groupama souhaite qu’il y ait un peu plus de sérieux, ils pensent qu’il y a un certain laisser aller, on a laissé trop faire certainement.

Le JDV : Vous allez resserrer les boulons ?

J.L. : Oui il va falloir resserrer les boulons si on veut garder les traditions.

Propos recueillis par Eloi Martinez

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