Menace sur les manades

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Photo Christophe Vial (Provence actu)

Photo Christophe Vial (Provence actu)

Arles : l'explosion du tarif des assurances menace les abrivado

Les manifestations taurines de rue seraient fortement impactées. Les manadiers s'alarment

Christophe Vial (Provence actu article du 29 11 2019)

 

Le propriétaire d'un animal, ou celui qui s'en sert, pendant qu'il est à son usage, est responsable du dommage que l'animal a causé, soit que l'animal fût sous sa garde, soit qu'il fût égaré ou échappé."L'article 1385 du code civil ne laisse pas de place au doute. Mais aujourd'hui, il contribue à placer les manadiers dans une situation impossible. Alors que malheureusement, quelques accidents, plus ou moins graves, se produisent chaque année sur les parcours d'abrivado, encierro et autres bandido, ce sont eux qui en sont les premiers responsables, même s'ils ne sont pas organisateurs de l'événement.

Et aujourd'hui, le principal assureur des manadiers vient de leur annoncer, plutôt brutalement indiquent-ils, qu'il allait revoir à la hausse leurs cotisations. Et pas qu'un peu : pour rester couvert, il faudra multiplier les frais par cinq ou sept, selon les estimations de la fédération des manadiers. Un contrat d'assurance à 5000 € bondirait ainsi jusqu'à 30 000 €. Pour les assureurs qui doivent, en cas de sinistre, provisionner quoi qu'il arrive une grosse somme, bien supérieure aux cotisations des manadiers, c'est visiblement le moyen de conserver une certaine rentabilité... voire de décourager les professionnels. Car, dans un contexte économique difficile, et avec une rentabilité trop faible, ils ne pourront jamais sortir de telles sommes.

Face à cette situation, la fédération tire la sonnette d'alarme. "Il faut que les pouvoirs publics comprennent qu'il faut protéger les manadiers, dont le métier n'est pas reconnu, sinon, on va disparaître, alerte Bérenger Aubanel, vice-président de la fédaration des manadiers. Si, en 2020, on ne trouve pas de solution, c'est la mort programmée du métier de manadier. Mais aussi la mort programmée de la course camarguaise." Pour Bérenger Aubanel, c'est tout un effet domino qui est à prévoir. "Si tout le monde arrête de s'assurer, cela veut dire que l'on va naturellement arrêter les abrivado, les bandido...", avance-t-il. Mais la fin de ces activités taurines ancestrales, qui comportent des risques inhérents à la nature sauvage des taureaux, "aura un effet direct sur les traditions : les manadiers vont rester chez eux, se recentrer sur leurs activités internes. Mais l'effet sera aussi sur le tourisme. Ce serait désastreux pour l'économie régionale, pour l'hotellerie, la restauration..."

Si la situation reste bloquée, il faudra alors imaginer une feria d'Arles sans manifestations taurines de rue, prévient le manadier. Cela constituerait une véritable révolution, et un coup terrible pour ces pratiques fortement ancrées dans le terroir local. Mais pour le moment, on n'en est pas encore arrivé à une telle extrêmité. Déjà, parce que les manadiers ont l'espoir que l'assureur assouplisse sa position.

"Il faut se remettre autour de la table, qu'il fasse un pas, et que nous aussi", explique le vice-président de la fédération. Pour réduire le risque d'accident, Bérenger Aubanel évoque des actions de sensibilisation en direction des jeunes, dont les comportements dangereux sont souvent à l'origine d'incidents. "Il faut une prise de conscience", estime le vice-président de la fédération, qui compte aussi sur les pouvoirs publics et les élus. "Il faut que la législation évolue, que notre métier soit reconnu comme une activité professionnelle", plaide Bérenger Aubanel.

Les manadiers élèvent près de 16 000 bovins au sein de 200 exploitations sur la zone élargie du delta du Rhône. Ils se réuniront ce soir, pour l'assemblée générale de leur fédération présidée par Florent Lupi, à 17 heures au Centre du Scamandre, à Galician. L'occasion d'évoquer cette problématique qui les touche de plein fouet, et de réfléchir collectivement à des solutions qui permettraient d'avancer sur le sujet.

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