Rencontre avec Philippe Bocquet

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Rencontre avec Philippe Bocquet

Originaire du Nord, Cadre à la retraite, élu au conseil municipal de 2001 à 2020. Philippe Bocquet débarque à Valergues avec sa famille en 1998 après plusieurs mutations au sein de la SNCF et autres filiales. 

Bien connu dans le village, il est un homme apprécié, discret, rigoureux, impliqué dans la vie associative. Ce n'est pas un secret que de dire qu'il a mal vécu ces derniers mois, ceux qui ont précédé les élections municipales. Écarté des décisions et de certains dossiers, le premier adjoint a été tenté de monter une liste, en vain.

L'homme n'a pas digéré une certaine ingratitude et quelques lâchages. Il reste un citoyen, et nous dit-il "je continuerai à m'intéresser à la vie de la commune". Il n'exclut pas de s'impliquer à nouveau en 2026 selon le maire qui sera en place à ce moment-là. Philippe Bocquet est persuadé que le maire actuel cédera sa place en cours de mandat et l'ex premier adjoint à des idées sur qui est le "dauphin". 

 

Entretien

 

Philippe Bocquet, vous avez été élu pendant trois mandats depuis 2001, vous étiez premier adjoint de 2014 à 2020, comment appréciez-vous cette période et vos rapports avec la population ?

C'est très intéressant de découvrir le fonctionnement de l'administration d'une commune. En tant qu'élu on a beaucoup de contacts avec la population, mais forcément il y a des gens qui vous apprécient et des gens qui vous apprécient moins, c'est normal. Ces années m’ont permis aussi de nouer des contacts avec des élus d'autres communes, dans le cadre de l'intercommunalité, là aussi c'est très intéressant au niveau de la relation humaine. 

Vous êtes aussi très impliqué dans la vie associative

Oui, mais je n'ai jamais voulu être président d'une association, car j'estime qu'en tant qu'élu ce n'est pas compatible, ne serait-ce que pour des conflits d'intérêt, par exemple au moment de l'attribution des subventions. Je suis dans plusieurs associations, don du sang, pétanque... mais mon épouse aussi. Claudine a fait partie des représentants des parents d'élèves que ce soit en primaire, au collège ou au lycée.

Vous êtes originaire du Nord?

Oui de Cambrai.

Vous y aviez déjà une pratique associative je suppose ?

Oui, nous étions impliqués comme parents quand nos enfants étaient à l'école maternelle. Par ailleurs, jeune, j'étais dans des clubs de sports, j'ai fait du judo dans ma commune. Mon père a été conseiller municipal aussi et il était président d'une mutuelle, j'ai donc tout le temps été baigné dans le milieu associatif et citoyen.

Lors de votre premier mandat en 2001 vous avez eu à gérer le dossier du TGV ?

Oui, entre autres mais j'ai fait beaucoup d'urbanisme à la mairie, je participais aux réunions de la commission d'urbanisme, chose qui ne s'est plus faite au dernier mandat.

Donc pour en venir à 2014 - 2020, c'est la première fois que vous étiez adjoint et vous avez eu à gérer les finances de la commune, et souvent à régler les problèmes à la place du maire, qui pendant une époque s'absentait assez souvent ?

En tant que premier adjoint, J'ai souvent remplacé le maire en effet, mais il est vrai que le fait d'être en retraite est un avantage car on a de la disponibilité. C'est bien d'avoir quelqu'un qui est en mairie quand le maire n'y est pas.

Pour en arriver à la dernière période, il y a eu une polémique autour du projet de deuxième stade, on apprend aujourd'hui que les subventions de l'état vont faire défaut. Comment appréciez-vous cette situation, vous qui étiez aux finances ?

Avec la crise sanitaire je pense en effet que l'Etat ne va plus suivre et subventionner un certain nombre de projets. Le problème de gestion de la mairie est le suivant : pendant toute la période que j'ai vécu en tant qu'élu ; l'Etat a diminué continuellement ses subventions, nous avons quand même perdu pas loin de 100 000 euros sur cinq ans. J'avais réussi à ce que les impôts n'augmentent pas tout en maintenant un auto-financement, donc "un bénéfice" qui a permis de mettre à l'investissement autour de 400 000 euros par an. Pour le dernier budget que nous avons voté en février, je les ai alertés. Comme on a augmenté de façon sensible le fonctionnement, on diminue forcément l'autofinancement vu que les recettes ne changent pas beaucoup. A mon avis, on est parti sur une pente descendante. Avec ce projet de deuxième stade c'est sûr que les impôts vont augmenter. Le maire pour sa part estimait qu'il serait possible de réaliser le projet avec un tiers d’autofinancement, un tiers de subvention et un tiers d'emprunt. La solution ça va être donc d'endetter un peu plus la commune et d'augmenter les impôts.

Pour ce stade on a voté début 2019 pour un contrat de maîtrise d'œuvre où il y avait des montants arrêtés. Aujourd'hui sans faire d'avenants on les dépasse sans problème. Je trouve qu’on ne respecte pas suffisamment la réglementation et on va jusqu'à changer la nature même du marché prévu au début.

Mais ce projet risque d'être remis en cause ?

Je ne sais pas, la commande a été signée pour le stade, après pour les bâtiments je ne sais pas comment cela va se passer, mais est vrai qu'il faut investir pour les vestiaires des filles (équipes mixtes).

En fin de mandat vous avez été écarté des dossiers, quel a été le processus ?

Pendant tout le mandat le maire a dit qu’il ne se représenterait pas, qu’il préparait l’avenir, chose qu’il a dite aussi aux maires de l’agglo que je connais bien.

Arrivé à l’automne 2019, il a dit qu’il était le seul à pouvoir battre Jean-Louis Suau donc qu’il se représenterait.

Quand il a su que je voulais monter une liste, il m’a dit que j’étais désormais dans l’opposition et donc je n’ai plus eu accès à rien.

J’ai œuvré pendant 19 ans pour l’intérêt de la commune et de ses habitants, la question ce n’est pas d’être pour ou contre, dans un village de 2000 habitants, la démocratie c’est de discuter ensemble et de voir ce qui peut se faire et ce qui ne peut pas se faire

Ça ne m’intéressait plus de travailler dans un contexte tel qu’il s’était dégradé.

Diviser pour mieux régner ça marche très bien, j’ai souri quand le maire a dit pendant sa campagne que c’était une équipe unie.

J’ai donc commencé à monter une liste et j’ai très vite été dénigré. Le maire est un politique, alors que moi je suis surtout pragmatique. Le politique il dit les choses à sa façon pour les faire passer.

Comment avez-vous ressenti la campagne des municipales ?

Je trouve qu’il n’y a pas eu trop de campagne. Le budget dans une commune est quand même contraint, et le budget c’est le nerf de la guerre. Si vous n’avez pas d’argent vous ne faites pas grand-chose. La question ce sont surtout les choix sur les investissements.

Le fait de ne pas avoir réussi à monter votre liste a dû vous causer une grosse déception ?

Oui c’est une déception pour moi bien sûr, mais je suis encore plus déçu pour les gens du village. Quand on gère une commune je pense qu’on doit être clair dans ce qu’on fait, et en ce moment ça manque de clarté.

Il y a eu cette période de confinement qui s’est achevée maintenant, comment vous rebondissez aujourd’hui que vous n’avez plus cette activité prenante d’adjoint ?

Je suis très bien comme je suis, je n’ai jamais autant bricolé et jardiné dans la maison. Quant aux dernières élections, je trouve qu’ils ont eu tort de faire voter les gens au mois de mars mais c’est politique. Beaucoup de gens n’ont pas voté, moi le premier. C’est la première fois que je ne vais pas voter depuis que j’ai 18 ans. Mon fils Alexis est médecin, il était là le jour des élections il m'a fortement déconseillé de me rendre au bureau de vote. Certes la démocratie doit s’exprimer mais pas au détriment de la santé des gens.

Ce problème du virus va servir maintenant à beaucoup de choses. A chaque fois ça servira de prétexte pour ne pas faire, pour ne pas attribuer de subventions. On voit aussi déjà au niveau de grosses entreprises qui touchent de l'argent public et qui trouvent prétexte du coronavirus pour faire des plans sociaux.

La mondialisation va continuer, ce qui serait bien, c’est qu’au niveau santé la France soit plus autonome, au niveau médicaments on dépend beaucoup de la Chine, c’est inquiétant quand même

Vous pensez que le maire va arrêter en cours de mandat ?

Oui je pense, il prépare sa succession.

Vous vous présenteriez dans six ans ?

Pour l’instant je ne sais pas, mais ce qui est sûr c’est que je vais continuer à m’intéresser à ce qui se passe. Je pense qu’il y a dans le village pas mal de gens qui m’apprécient. Selon qui sera le maire au moment des prochaines municipales je n’exclus pas de me présenter.

En tout cas, si j’avais monté une liste et que je me sois trouvé élu dans l’opposition, je n’aurai pas fait comme Jean-Louis Suau qui a aussitôt démissionné.  C’est quand même bien d’avoir une opposition.  Moi je pense que quand on est élu, quelle que soit la fonction, il faut travailler pour la commune.

Les élections sont passées, il y a des nouveaux conseillers, qu’est -ce que vous leur dites avec votre expérience d’élu ?

Je leur dis de bien s’investir dans le mandat, d’essayer de voir jusqu’où ils peuvent aller sans qu’on leur fasse barrage. Parce que même moi, en tant que premier adjoint, il y a des choses que je ne savais pas. Le maire disait à tout le monde que c’était normal que je ne sache pas tout

Ils affirment vouloir s’impliquer dans les commissions

C’est très bien qu’ils s’impliquent, c'est une très bonne chose.

 

Propos recueillis par Eloi Martinez

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