Lunel : Pierre Soujol se positionne pour une nouvelle coopération intercommunale

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Entretien exclusif

La campagne des municipales se déroulant dans un contexte très particulier, avec la crise sanitaire qui semble toucher à sa fin, les candidats aux municipales cherchent à s’adresser aux habitants pour développer leurs propositions sous d’autres formes. Par le biais non seulement de la presse, mais aussi celui des réseaux sociaux. Le Journal de Valergues (Le JDV), qui est souvent partagé sur ces réseaux et dont l’audience s’étend bien au-delà de notre village, a donc rencontré Pierre Soujol.

Un entretien sur un sujet qui concerne toutes les communes du secteur, notamment autour de Lunel et de Mauguio : la problématique de l’intercommunalité. Il évoque ici, l’éventuel passage de la Communauté du Pays de Lunel (CCPL) en Communauté d’agglomération, mais aussi le possible regroupement des intercommunalités du Pays de Lunel et du Pays de l’Or, ainsi que les passerelles qui pourraient se mettre en place avec la Métropole de Montpellier. Et actualité déconfinement oblige : comment la fête de Lunel « La Pescalune » va-t-elle pouvoir se tenir dans ce contexte ? Il affirme également son soutien aux manades en grande difficulté.

  • Pierre Soujol, ex premier adjoint de Claude Arnaud maire sortant de Lunel, a réalisé au premier tour des municipales, un score très proche du résultat de celui-ci. Avec le ralliement surprise de Jean-Pierre Berthet, Il est en position de l’emporter à l’issue du second tour, dans le cadre d’une triangulaire, le 28 juin. Au-delà de sa campagne très locale il ambitionne de modifier aussi avec l’appui des maires la donne intercommunale

C’est à Lunel, à la terrasse d’un café du centre que la discussion avec Pierre Soujol s’est engagée. L’Officier retraité de la gendarmerie connaît bien son sujet, il a siégé en préfecture à la Commission Départementale de Coopération Intercommunale (CDCI).

Il y a quelques temps, la Communauté de Communes du Pays de Lunel (CCPL) a demandé une étude, dans le but d’examiner les conditions qui pourraient satisfaire les maires, afin de passer en communauté d’agglomération. Chose possible désormais, puisque la CCPL viens de passer la barre des 50 000 habitants. Cette étude sera présentée aux futurs maires qui seront prochainement élus et y seront détaillés les avantages et les inconvénients de ce passage en agglomération. Pierre Soujol estime qu’Ils pourront ainsi se positionner en connaissance de cause et de préciser « pour ce qui me concerne,  je suis plutôt favorable pour ce passage en communauté d’agglomération. Cela va augmenter la capacité de développement du territoire, qui sera supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui, tant sur le plan financier, que sur le plan des compétences».

Concernant le possible rapprochement avec le Pays de l’Or, il connaît la problématique car il a fait partie de la CDCI « nous étions un groupe de cinq, à réfléchir sur cette question avec le préfet ».

« il y a une logique à aller vers le Gard... »

Claude Arnaud s’était déjà positionné sur le sujet il y a quatre ans « pour ma part, j’étais tout à fait d’accord avec l’idée du maire sortant, d’essayer de faire une grande agglomération avec le Pays de l’Or parce que nous avons des bassins de vie communs, et que nous avons l’étang de l’Or qui nous réunit, il y a des flux naturels qui se font, et donc personnellement j’y suis favorable ». A l’époque le président de la l’agglomération du Pays de l’Or et maire de la Grande Motte, Stéphan Rossignol avait repoussé cette idée. Lui, il envisagerait davantage un rapprochement avec la communauté Terre de Camargue dont fait partie le Grau du Roi dans le Gard.

« Je sais que le maire de la Grande Motte lui, avait sa logique, je la comprends, la logique de littoral, en souhaitant plutôt un rapprochement avec Terre de Camargue. Il y a, dans ce cas, un accord à trouver entre deux départements, le Gard et l’Hérault. » Pierre Soujol pense que  s’imbrique aussi dans la réflexion la question de l’aéroport et énonce sa position « L’éventualité que Mauguio, commune où se situe l’aéroport, rejoigne la Métropole de Montpellier, pourrait justifier le passage au regroupement du Pays de l’Or et du Pays de Lunel, car une fois Mauguio Carnon et  Palavas partis, l’Agglomération du Pays de l’Or va se réduire. Il faudra bien lui trouver une destination.  Quel découpage ? Comment cela va se faire ? Ça ne dépend pas que de nous. Les maires du Pays de Lunel et du Pays de l'Or auront à y réfléchir, mais aujourd'hui c'est prématuré".

Concernant le regroupement avec certaines intercommunalités du Gard, Pierre Soujol y est aussi favorable « il y a une logique à aller vers le Gard, nous avons beaucoup de liens avec eux,  et ça se fait dans un cadre plus large avec le Pôle d’Equilibre Territorial et Rural (PETR) afin de profiter du dispositif européen notamment le programme LEADER, il y a beaucoup de subventions à aller chercher dans le cadre d’un déploiement de l’organisation territoriale ».

« Nous allons grâce au passage en agglomération récupérer des compétences et d’autres leviers notamment financiers ...»

En attendant, si Pierre Soujol devient maire de Lunel et président de la CCPL, il assure vouloir changer certaines méthodes et fonctionnements, il considère que le président de la CCPL ainsi que le premier vice-président doivent être des maires, de plus il souhaite développer la concertation avec les maires, le passage en agglomération « passe par un consensus, dit-il, je pense sincèrement qu’il y aura consensus, il nous faudra peser les avantages. Nous allons grâce au passage en agglomération récupérer des compétences et d’autres leviers notamment financiers ». Co-construire avec les maires de l’intercommunalité, c’est l’idée globale du candidat « ça peut-être un changement profond dans le mode de fonctionnement et dans le mode de gouvernance ».

" Il y a ici un chômage structurel fort..."

Quels projets pour cette probable future communauté d’agglomération ? Avec un chômage autour de 20% à Lunel et dans tout le secteur, Pierre Soujol décline deux sujets importants, le premier qu’il juge majeur c’est le développement économique, le second c’est le tourisme. « Le développement économique c’est le sujet numéro un. il y a une zone à côté de Lunel-Viel sur le territoire de Lunel une zone d'activité qui va se développer, il y aussi celles qu'on va lancer: l'écoparc sur la route de Sommières  à la sortie nord de Lunel, et une troisième qui aujourd'hui est à l'abandon pour des raisons hydrauliques,  peut-être y reviendra t-on avec un format plus réduit.  Sur le plan de l'emploi, le développement économique est une question majeure. Il y a ici un chômage structurel très fort, un chômage de jeunes qui aujourd’hui n'ont aucune formation, aucune qualification. Il va falloir absolument que l'on amène de la formation: une formation spécialisée qui va porter sur les métiers aujourd'hui en tension sur notre territoire, notamment l'agriculture, le BTP, le numérique, en tout cas c'est la-dessus que l’on pourra ouvrir de l'emploi ».

"les touristes sont friands

de découvrir notre patrimoine..."

Le Musé Médard à Lunel un des joyaux du patrimoine (photo D.R.)

A propos du tourisme, deuxième sujet important ciblé par Pierre Soujol celui-ci pense qu'il y a un potentiel en devenir « nous avons une masse extrêmement importante de touristes à dix minutes sur le littoral.  Nous ne sommes pas en capacité de les attirer sur notre territoire, aujourd'hui nous avons un tourisme qui souhaite du bronzage et de l’eau salée, mais pour beaucoup ils veulent aussi de la culture. Ils sont friands de découvrir des patrimoines, notre patrimoine agricole et viticole notamment. Nous  avons un le Musée Médard à Lunel avec l'appellation Musée de France. Dans tout le territoire il y a les traditions, du patrimoine, il y a Villetelle avec Ambrussum, Il y a un magnifique parc à Lunel-Viel, un château à Marsillargues, des capitelles… toutes les communes de l'intercommunalité présentent un intérêt pour le tourisme. il faut absolument amener cette masse de touristes chez nous. C'est de l'économie, il y a une véritable attente des touriste. Les gens veulent aussi passer des vacances intelligentes. Le goût pour l'arrière-pays à mon sens c'est de plus en plus vrai ».

« il faut laisser le temps

à la Métropole de s’organiser... »

L'incinérateur de Lunel-Viel, la crainte des populations riveraines

(photo archives E.M.)

Parmi les grands sujets incontournables : l’usine d’incinération de Lunel-Viel et son devenir. Le pays de l'Or pour sa part milite pour diminuer le tonnage des déchets incinérés. Pierre Soujol est en accord avec cette position, il dit s’être déjà exprimé clairement sur le sujet dans la presse locale « Oui je suis d'accord, car l'idée c'était de traiter soit les 130 0000 tonnes de déchets en comprenant la métropole soit de réduire afin de tourner sur un seul four et passer à 90 000 tonnes.  J'avais pris position clairement pour 90 000 tonnes sachant qu'aujourd'hui la métropole n'a pas de solution si on raisonne purement sur l'écologie il n'y a pas d'autre solution que de venir à Lunel tant qu'elle n'aura pas construit sa propre organisation, si l'incinérateur de Lunel-Viel ne les prenaient pas ils seraient obligés d'aller les brûler du côté de Toulouse. Je pense que le résultat écologique n'est pas très bon, des camions qui vont sur Toulouse tous les jours alors qu'ils ont l'usine à côté pour ma part je souhaite qu'on passe au plus vite au 90 000 tonnes pour réduire le tonnage. Quand on prend ce type de position par rapport à l'écologie je pense qu'il faut aussi laisser le temps à la métropole de s'organiser mais enfin ça ne peut pas durer 15 ou 20 ans ».

" une Métropole coopérative

à Bordeaux ça marche très bien..."

Dernier sujet sensible, la possible intégration des intercommunalités dans la Métropole de Montpellier. Là, Pierre Soujol qui a rencontré son président Philippe Saurel dit avoir l’idée de constituer des passerelles avec cette Métropole, pas besoin de continuité géographique, ce qu’il nomme une Métropole coopérative « ça se fait à Bordeaux et ça marche très bien ». En fait il s’agit d’établir des coopérations sur des sujets ponctuels sans être inféodé. L’idée est séduisante. Côté intérêt de mettre en place ce type de relation, Pierre Soujol n’y voit que des avantages, exemple : « nous ne sommes pas reliés mais on peut construire des passerelles afin de travailler sur des intérêts communs. Ils ont beaucoup d’étudiants et nous, nous pouvons créer du logement étudiant. Nous sommes à dix minutes en train de Montpellier depuis la gare de Lunel. Ils ont des demandes foncières pour des activités économiques ? Nous en avons du foncier. Evidemment c’est un dossier qui nécessite un certain nombre d’accords sur le plan financier. Nous avons le foncier mais pas les capacités financières pour le développer, c’est la raison pour laquelle on compte beaucoup aujourd’hui sur la région pour développer notre écoparc.  Avec la Métropole on pourrait trouver des accords, il y a des dispositifs financiers qui permettent des compensations ». Pierre Soujol n’envisage pas un ralliement pur et simple à la Métropole de Montpellier, mais croit davantage dans un système intermédiaire « gagnant - gagnant » ce qu’il appelle une « Métropole coopérative » dans l’attente d’une probable et inéluctable absorption. L’intérêt de renforcer un pôle intercommunal fort entre Nîmes et Montpellier serait peut-être d’arriver plus fort en cas d’intégration forcée dans une Métropole où les liens entre citoyens et élus seront dilués et lointains. Attendons le 29 juin pour y voir plus clair… ou pas !

Enfin pour conclure cet entretien sur une touche festive optimiste et d’actualité nous avons demandé à Pierre Soujol comment allait pouvoir se dérouler La Pescalune, la traditionnelle fête de Lunel

"Il y a une forte attente de la population

pour que La Pescalune ait lieu..."

les manades sont en grande difficulté économique (Photo archives EM)

 Il y a un mois la fête ne pouvait pas se faire, aujourd'hui elle peut se faire sous conditions, moi j'ai l'intime conviction que dans 15 jours  elle pourra se faire sous des conditions encore un peu plus élargies, attendons. Aujourd'hui en tout cas elle va se faire, mais ça ne sera pas la Pescalune qu'on a connue, elle ne se fera pas sur 9 jours, je pense qu'elle se fera sur un nombre de jours plus réduits mais il y a une forte attente de la population  pour qu'elle ait lieu. Elle devra accepter bien sûr les contraintes que l'Etat fixera. J'ai la chance d'avoir dans mon équipe  Paulette Gougeon qui était l'adjointe aux festivité et qui pendant dix ans a géré cette fête et qui en a la maîtrise; je lui ai demandé depuis déjà fort longtemps d'anticiper. Nous réfléchissons sur plusieurs niveaux: celui des contraintes actuelles, celui de contraintes assouplies voire totalement libérées.  On ne sait pas ce qui va  se passer.  Totalement libérées, je ne le crois pas, mais je pense que ça peut encore évoluer.. Nous avons étudié un certain nombre d'hypothèses et en fonction des conditions du moment  on s'adaptera, ce qu'il y a de sûr c'est qu'il y a une forte attente de la population; j'ajouterai que pour nous c’est important pour la filière taurine et nos manadiers qui ont eu à souffrir durement de cette crise sur le plan économique. Il faudra dans cette fête des abrivados et des bandidos de manière à ce qu'ils puissent un peu s'y retrouver.

« faire vivre nos manades

 et mettre en valeur nos productions locales »

Concrètement aujourd'hui la région a prévu une aide financière pour les manades sous certaines conditions, l'intercommunalité s'adosse à ce dispositif pour amener sa contribution.  Si nous faisons  cette fête, il est évident qu'il nous faudra maintenir le budget pour eux, ce sera l'occasion au cours de cette fête non seulement de faire vivre l'économie de nos manades mais aussi de mettre en valeur nos productions locales notamment viticoles. Réaliser une fête un peu originale: tous ceux qui ont été pénalisés pendant  cette longue période nous leur donnerons une place pour la promotion de leurs productions au travers de lieux dédiés dans la ville.

Tout cela on ne pourra l'acter que si nous sommes élus évidemment, en tout cas ne pas l'anticiper serait une erreur. Nous l’anticipons et je le redis, j'ai la chance d'avoir dans mon équipe Paulette Gougeon ancienne adjointe aux festivités qui maîtrise très bien le dossier de "La Pescalune" depuis plusieurs années ».

Eloi Martinez

eloimartinez34@gmail.com 

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Publié dans Lunel, Municipales 2020

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